« [...] Ce peuple ne pourrait-il pas élaborer un métier à tisser sur lequel s'étendrait la tapisserie de l'avenir ? [...]
Et alors, certain naissent si clairement marqués que l'histoire ne peut que les appeler, qu'ils doivent partir en quête de leur place dans cette histoire future.
Et il se peut même qu'on les encourage à examiner cette place, ce point de jonction de cent fils et qu'ils disent : Ces fils là je vais les tordre et, ce faisant, je vais modifier la tapisserie, gauchir la trame, changer la couleur de l'avenir. Je vais changer la destinée du monde. »
Il se moquait de moi j'en été maintenant certain.
« Une fois tout les mille ans, peut-être, dis-je, il est possible qu'apparaisse un homme capable de provoquer de tels bouleversements dans le monde ; un roi puissant, ou encore un philosophe qui modèle la pense de millier de gens. Mais toi et moi, fou ? Nous sommes des pions, des pas grand-choses. »
Il secoua la tête d'un air apitoyé.
« Plus que tout, c'est ça que je n'ai jamais compris chez vous : vous jouez aux dés et vous comprenez que le sort du jeu puisse dépendre d'un seul jet ; vous vous distrayez aux cartes et dites que la fortune amassée en une soirée peut partir en fumée en un seul pli. Mais un homme, ça, vous le reniflez d'un air dégoûté et vous laissez tomber : quoi, ce néant d'humain ? Ce pêcheur, ce charpentier, ce voleur, cette cuisinière, allons, mais qu'est ce que ces gens là pourraient bien accomplir dans le vaste monde ? Et, telles des chandelles dans un courant d'air, vous vivez de petites existences crachotantes, vacillantes.
-la gloire n'est pas pour tout le monde, observais-je.
-En es-tu sûr, Fitz ? En es-tu sûr ? A quoi bon une petite vie qui ne change rien à la grande vie du monde ? Je ne conçois rien de plus triste. Pourquoi une mère ne dirait-elle pas : Si j'élève bien cet enfant, si je l'aime, si je l'entoure d'affection, il mènera une existence où il dispensera le bonheur autour de lui, et ainsi j'aurais changé le monde ? Pourquoi le fermier qui plante une graine ne déclarerait-il pas à son voisin : Cette graine que je plante nourrira quelqu'un, et c'est ainsi que je change le monde aujourd'hui ?
-C'est de la philosophie, fou. Je n'ai jamais eut le temps d'étudier ces choses-là.
-Non, Fitz : c'est la vie. Et nul ne peut se permettre de ne pas y penser. La moindre créature doit en avoir conscience, songer au moindre battement de son c½ur. Sinon à quoi sert de se lever chaque matin ? [...] »
L'assassin royal (tome 2: l'assassin du roi)
Robin HOBB
page 398-399
Qu'est ce que sont 80 ans de notre vie dans l'univers?
Un jour viendra ou il ne restera plus rien de nous
Pas même notre nom
Pas notre souvenir
Seules les répercutions de nos actions passées
Notre testament pour le monde
image : une tortue